Canadien en fuite

Publié le 17 février 2017

Marc Bergevin, directeur général du Canadien de Montréal

Vous commencez à me connaître : quand Canadien ne joue pas pendant quelques jours, j’ai tendance à me perdre dans mon quartier et la vitrine de la librairie d’à côté en profite généralement pour me faire de l’oeil. Ou peut-être est-ce plutôt la libraire qui me regarde par la fenêtre, l’air de se dire que c’est donc triste de constater qu’il doit bien y avoir 500 000 fans de Canadien pour un fan de son commerce.

Toujours est-il que son clin d’oeil m’a convaincu d’entrer et elle m’a suggéré d’acheter le livre usagé en vedette dans la vitrine. Le meilleur livre disponible, m’a-t-elle dit, soit l’Éloge de la fuite, de Henri Laborit. À ne pas confondre avec Les loges de la fuite, un livre dénonçant les compagnies qui achètent des loges au Centre Bell pour sauver de l’impôt.

En lisant Laborit, je me suis soudainement parfaitement expliqué ce que tous les journalistes disaient trouver surprenant (heille, mon oeil, viarge), soit le congédiement de Michel Therrien. Bref, en gros, Laborit dit que l’humain, face à des problèmes, considère généralement trois options : ne rien foutre, lutter contre les problèmes ou encore, fuir.

Imaginons donc que vous rencontrez un ours. Comme Canadien, lors de son dernier match. L’idéal n’est pas de rien faire ; vous allez vous faire bouffer. Vous pouvez bien sûr lutter contre l’ours, mais encore faut-il en être capable. Reste la fuite, qui pour Laborit, passe par l’imaginaire et la création. Et puis, on peut certes fuir littéralement, mais ça fait un peu Perezhogin sur les bords.

Fuir par l’imaginaire, donc. Comme Canadien qui, en jouant contre Boston, pensait déjà à son congé de cinq jours. Ou comme vous, dans le bois, le cou pris dans la bouche de l’ours : l’idéal serait alors de donner des vacances à votre esprit et de laisser souffrir votre corps en lieu et place de l’individu total que vous êtes. Vous pourriez penser, je sais pas, à Canadien en 93.

C’est aussi ce qu’a fait Marc Bergevin, en clairant Therrien. Devant la déconfiture de Canadien, il ne pouvait pas ne rien foutre. Lutter contre les autres équipes était devenu impossible pour son club. Inspiré (inconsciemment) par Laborit, il a fui dans l’imaginaire, suivant le principe de plaisir de Freud et laissant libre cours aux hallucinations de sa pensée, au détriment du principe de réalité qui l’aurait convaincu que d’engager à nouveau Julien, ben c’était le boutte, tabouère.

«Mais Marc Bergevin est libre de faire ce qu’il veut», que je vous entends me dire. Laborit, sur la liberté, disait justement qu’elle commence où finit la connaissance, bref, que c’est l’ignorance qui serait la seule liberté. Elle, pis l’inconscient.

Ceci expliquant cela.

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