Bénévoles en convalescence à l'Hôpital Laurentien


Publié le 7 avril 2017

Les bénévoles sont en crise à l'Hôpital Laurentien et au Pavillon Philippe-Lapointe

©Photo TC Media - Archives

Si vous aviez appelé à l'Hôpital Laurentien ou au Pavillon Philippe Lapointe, après le 20 février 2017, vous n'auriez entendu aucun message d'avertissement concernant une éclosion d'aberrantinite laurentidose.

Pourtant, dans ces deux institutions, une centaine de personnes en étaient gravement atteintes.  À ce moment, seuls les bénévoles étaient contaminés.

Lors d'une visite à l'hôpital ou au pavillon, en les observant discrètement, vous auriez vu des choses inhabituelles.  Les bénévoles en soins palliatifs semblaient endeuillés et attristés.  Les bénévoles à l'accueil semblaient désorientés et déboussolés. Les bénévoles qui aident à l'alimentation semblaient avoir perdu l'appétit et avoir la nausée.  Les bénévoles en zoothérapie semblaient devenus allergiques; ils avaient les yeux rougis et le souffle court.  Les bénévoles qui allument feux de camp, feux d'artifice ou barbecue avaient le regard éteint et ne semblaient plus avoir le feu sacré.  Les bénévoles qui arrosent les plantes vertes semblaient déshydratés et desséchés.

Tous les bénévoles souffraient d'aberrantinite laurentidose à des degrés divers. Certains étaient dans un état critique.  Le microbe de cette maladie est virulent et sa toxicité élevée. Le foyer de l'infection se situait dans les bureaux administratifs du Centre Intégré de la Santé et des Services Sociaux (CISSS) des Laurentides à St-Jérôme. L'aberrantinite laurentidose est une maladie transmise bureaucratiquement.  Le virus s'est propagé sournoisement jusqu'à Ste-Agathe par des porteurs asymptomatiques immunisés contre cette bactérie mangeuse d'âmes.  Ils ont été désensibilisés à l'agent pathogène en pratiquant la centralisation, l'uniformisation, le nivellement par le bas, l'abolition des particularités régionales, le culte de la performance, le mépris des règles élémentaires du civisme.

Poste brutalement aboli

Sans consulter ni aviser préalablement les bénévoles, le poste de coordination des bénévoles de votre hôpital et de votre pavillon a été brutalement aboli.  Cette nouvelle a eu l'effet d'une bombe bactériologique sur les bénévoles.  Tenus dans l'ignorance, ils n'ont pas pu se prémunir contre le fléau qui les guettait.  Au lieu d'une vaccination faite de prévenance, d'ouverture, d'écoute, d'humanisme, de délicatesse ou de simple savoir-vivre, les bénévoles ont subi mensonges, désinformation, information partielle, manipulation, dévalorisation, infantilisation, chantage émotif.

Le microbe a terrassé les bénévoles. Ils ont développé des symptômes alarmants: abattement, tristesse, découragement, confusion, incrédulité, épisode de rage ou de pleurs, serrement et pincement au cœur.  Ils en ont eu le souffle coupé.  Ils en ont fait des cauchemars peuplés de trahison, d'abandon, de  rejet.  Ils et elles se sont sentis blessés, battus, secoués, bardassés. Comme s'ils avaient reçu un coup de couteau dans le dos ou une claque en pleine face.

Votre service de bénévolat à l'hôpital et au pavillon était un joyau éclatant, un trésor précieux, une réussite indiscutable;  connue et reconnue.  Gens de Ste-Agathe et des environs, c'est un fleuron de votre patrimoine socio-culturel dont on vient d'ébranler les fondations. Et tout çà sous le couvert de la sempiternelle réforme du réseau de la santé. Quel indescriptible gâchis !    Il semblerait, officieusement, que dorénavant, si ''ce n'est pas à St-Jérôme, ce ne sera pas à Ste-Agathe''.  Et pas juste le bénévolat... 

Des bénévoles ont démissionné; d'autres songent à le faire et se sont retirés indéfiniment; d'autres sont en profonde réflexion tout en demeurant actifs pour le moment.  Certains se battent encore, avec l'énergie du désespoir.  N'est-il pas inconcevable et indécent que des bénévoles doivent lutter pour faire du bénévolat et pour le faire dans un contexte sain et serein ?  Pour continuer à donner temps ( 15,000 heures / année !) , énergie, amour et même, parfois, $.

À toutes celles et à tous ceux qui ont été accueillis et guidés avec le sourire, accompagnés avec compassion, consolés avec délicatesse, divertis avec créativité et humour, nourris avec affection et nourris d'affection, pacifiés par des ronrons et des patapons, égayés par de la musique, des décorations, des fêtes, des projections.  À toutes celles et à tous ceux qui ont été écoutés et entendus, regardés et vus, touchés au corps et au cœur et à qui ont a permis de donner, d'être utiles, de participer, de décider, de choisir, de garder un tant soi peu de contrôle sur leurs vies.

À vous toutes et vous tous, puis-je vous demander de nous aider à vous aider? Nous avons  besoin de vous comme vous avez eu, vous avez ou vous aurez besoin de nous.

Les signes de la maladie sont encore apparents chez certains bénévoles convalescents mais nous ne sommes  plus contagieux ! Venez donc nous rencontrer sans masque pour nous parler et nous sourire, sans gant pour nous donner la main ou une tape sur l'épaule, sans jaquette jaune pour nous donner l'accolade.  Lors de la semaine de l'action bénévole (23-29 avril) plusieurs bénévoles ne participeront malheureusement pas au dîner annuel qui leur est offert car ils n'ont pas le cœur à la fête. Il est trop tôt;  leur deuil n'est pas terminé.  Dans ces circonstances, votre présence pendant ''notre'' semaine serait grandement appréciée ! 

Alors venez nous câliner ! On vous attend cœur et bras ouverts ! Comme toujours... Bien à vous,

Pierr Legris, fier bénévole en soins palliatifs.